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Essais (Livre I, 1-10)

Publié le 21 novembre 2010

Les Essais de Montaigne, réduits à l’état de dizains de décasyllabes.

0. Au Lecteur.

Ici Montaigne en sa bibliothèque,

ombre fraîche d’un bouillant Périgord

au cœur d’un siècle on ne pourrait plus gore

qui vit plus d’un corps traité comme un steak,

Michel l’ami referme les vantaux

de ses Essais — impalpable château.

Sans fausse pudeur, il enjambe un cadre

pour s’y fixer, si joli médaillon.

(Il l’eût fait même à poil, étant peu ladre

du cuir, si l’Art n’eût été tatillon.)

1. Par divers moyens on arrive à pareille fin.

Qui est donc « vain, divers et ondoyant » ?
L’Homme, pardi ! Sacré sujet, sans per-
manence aucune et semblable à la mer.
Tantôt gentil, tout mou, tout bienveillant ;
ne le cédant tantôt qu’à ce qui rime
avec vigueur et vertu. Nous en vîmes
maints exemples dans l’histoire passée
ou récente. Il n’y a point de formule
pour prévoir l’Homme : aucune panacée.
Si Grand, Alex fut une vraie crapule.

2. De la tristesse.

Jamais Michel n’est triste ni n’honore

ce sentiment en quoi le monde voit

un habit de vertu. Reste sans voix

le malheureux que vient frapper un sort

cruel — glacée et stupide statue.

La passion d’un seul coup frappe et tue.

Or il en va d’ailleurs de même pour

l’amour : jouir est un grand feu qui glace.

Jouir ? Souffrir ? Michel y reste sourd

sous sa croûte de raison coriace.

3. Nos affections s'emportent au delà de nous.

Restons chez nous entre les murs solides

de l’être (ici !) au lieu de courir, vains,

après le futur. L’Homme, en ce ravin,

aime à se laisser choir comme un bolide.

Et le pompon, la palme ou la médaille

revient à ceux qui ont leurs funérailles

déjà en tête et s’entêtent à en

régler jusqu’aux moindres détails : Max d’Au-

triche voulait un slip sur son pan-pan

pour entamer son tout dernier dodo.

4. Comme l'âme décharge ses passions sur des objets faux, quand les vrais lui défaillent.

Et patatras ! que je te jette à terre,

vase innocent ! Et pan ! que je te roue

de coups de pied, mur trop dur ! Mon courroux,

aussi féroce et noir qu’une panthère

noire, a besoin, pour bondir hors de moi,

d’une cible. Fût-ce un leurre : l’émoi

est le serviteur de lois sans raison.

On crie… De deuil, on s’arrache les poils…

On insulte la transcendance… (Osons

le dire : on est bien trop sentimental.)

5. Si le chef d'une place assiégée doit sortir pour parlementer.

La loyauté, la vertu dans la guerre,

c’est un peu la même chose qu’en sport :

tricherie, ruse ou finesse y sont fort

mal vues… Armstrong, Michel ne l’aurait guère

apprécié malgré ses sept couronnes.

L’héroïsme est passé ; les âmes bonnes

n’ont en effet plus cours à notre époque.

Sortez causer avec votre ennemi !

Le dos tourné, tout traité est du toc…

Hé oui : à malin, malin et demi.

6. L'heure des parlements dangereuse.

La guerre, hélas ! ne connaît pas de règle.

Ce sujet mérite encore un chapitre :

tant il a fait (et fait) couler de litres

de sang … Il n’y a pas de nobles aigles

quand il s’agit de guerroyer. Montaigne,

qui (évidemment) jamais ne dédaigne

de se référer aux Anciens, cite

Virgile ou tel mot — trop beau ! — d’Alexandre

chez Quinte-Curce. Ah ! façon érudite

de dire que toute grandeur est cendre.

7. Que l'intention juge nos actions.

Qu’après la vie on y reste fidèle,

à cette vie ! Qu’on ne dise rien d’autre

qu’avant la mort dans la mort ! Ne te vautre

point, sacrebleu ! dans le mensonge ! Quelle

affaire, ô Michel… Il est si tentant

avec la vertu de faire semblant

et de trouver des tours de passe-passe

pour se venger d’un tel ou couillonner

depuis la tombe un autre encore, hélas !

— Être homme ? Un pur élan de volonté.

8. De l'oisiveté.

« Être partout, c’est n’être en aucun lieu. »

Ce cher dicton a traversé les siècles,

papillonnant tel un tout petit thècle

pour se poser sur la page du vieux

Montaigne. Oisif, notre esprit se disperse

et flotte au gré des vents qui le traversent.

La preuve en sont ces chimères fantasques

se succédant sans ordre et sans propos

sur le front de Mich’ comme autant de masques :

bouts vains d’Essais rédigés au repos.

9. Des menteurs.

En vérité mentir est un maudit

vice : l’Homme n’est Homme que par la

parole. Et puis… le menteur qui parle a

cent mille façons variées de di-

riger le sens de ces paquets de mots :

les doutes sont infinitésimaux

et nul ne sait démêler le faux du

vrai. Tout menteur se doit d’avoir, au risque

d’être pris en défaut, une foutue

mémoire, aussi droite qu’un obélisque.

10. Du parler prompt ou tardif.

Il y a donc d’une part les prolixes,

qui, toujours prêts à bouter hors leurs mots,

ont l’éloquence aisée à tout propos ;

puis d’autre part, les tardifs de la rixe

verbale, qui doivent tourner leur langue

cent fois avant de lancer leur harangue.

Avoir de l’esprit ou du jugement :

l’alternative est simple et sans appel.

Et ce n’est pas, Michel, en écrivant

que ton esprit, dis-tu, trouve son sel.

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