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Le jeune Soir

Publié le 12 novembre 2010

Roman publié aux Impressions Nouvelles (Bruxelles/Paris) en 2008 dans la collection « Traverses ».

160 pages / ISBN : 978-2-87449-044-6 / EAN : 9782874490446.

 Le livre

Ce roman décrit, moyennant des va-et-vient sinueux entre passé, présent et futur, la trajectoire de vie d’un personnage : le jeune Soir. Cette trajectoire part de son adolescence, de ce réseau de rêves, d’amitiés et de relations filiales plus ou moins assumées (père, mère, tel ou tel professeur : on a l’embarras du choix), pour aboutir à un âge qu’on pourrait qualifier de mûr, comme le suggère d’ailleurs la perte de l’épithète « jeune » accolée au nom de ce héros ordinaire de la vie ordinaire. Cet âge mûr est aussi celui qui le voit se muer, à son tour et contre toute volonté, en professeur « secondaire ». Or, en devenant Soir, le jeune Soir ne fait pas que se séparer imperceptiblement de sa précieuse épithète ; son rapport avec le monde change. De « voyant » (mais qu’a-t-il vraiment vu ?), le voilà vu. Ce qui n’arrange pas son incapacité à écrire, qui, elle, le persécute depuis cette époque lointaine, là-bas dans les années 70, où il s’était résolu à la surmonter.

 La presse

"Un roman singulier, attachant, à la nostalgie douce-amère, à l’émotion pudiquement contenue, oscillant avec bonheur entre gravité et légèreté. Un roman où les grandes choses de la vie se mêlent aux petites, où l’on passe sans cesse d’une époque à l’autre, d’un registre à l’autre, au gré d’une prose flâneuse et non moins rigoureuse."

Daniel Arnaut, Le Carnet et les Instants, octobre-novembre 2008

"Au moyen de quelques phrases-clés aux accents de vérité et de sagesse acquises, la voix de Rossano Rosi résonne entre les lignes. Celle de l’écrivain qui a connu les mêmes rêves. Celle de professeur et d’adulte, qui fait office de guide face à l’impatience d’une jeunesse encore naïve."

Mélanie Godin, Indications, mars-avril 2008

"Du désir d’éducation au sentiment de ratage : un étrange roman travaillé par l’absurde, où plane un parfum de néant.

Idée de début pour un bon roman d’apprentissage : la mort du père. Dans cette reconstitution très fragmentaire et elliptique d’une vie que donne à lire Le Jeune Soir, c’est là que le désir de se raconter s’ancre. Mais avant de trop s’attacher au sens, tendons l’oreille : car le ton de ce livre est étrange. Décalé, esseulé, souvent drôle en raclant le fond mais, en fin de course, très sombre.

C’est-à-dire, dans le cas présent, sans joies, ni peines palpables. La scène de la mort du père sera à ce titre purement symbolique. Elle n’ouvre sur aucune forme de douleur ou de prise de conscience, plutôt un sentiment de déréalisation, dans la veine de « Aujourd’hui maman est morte ». « C’était comme un lapin. Un ouf de Pâques peut-être » sont les premières pensées du jeune Soir en découvrant le cadavre de M. Soir, la mâchoire inférieure soutenue par un foulard noué autour de la tête. À partir de cette scène inaugurale, mais sans transition nette, le jeune Soir déroule son passé, son ancienne soif d’apprendre au lycée, son ambition d’écrire, la recherche de modèles. Puis, très vite, un amour déçu, la montée balzacienne à Paris qui se transforme en existence végétative, désillusion, chômage, acceptation, enfin, de la banalité de l’existence, en revenant à Liège. « Son existence avait eu raison de sa vocation. »

Voire ses origines. Tout est là, contenu dans son patronyme : le jeune Soir (le déclin accolé à la jeunesse, très beau), pas vraiment un nom. Un fils de. Le résidu d’une existence banale, dont il est vain de vouloir à tout prix s’éloigner. Le Jeune Soir interroge la part de déterminisme qui fonde les êtres, un certain atavisme auquel on n’échappe pas. Dès lors, l’amour filial n’a plus cours et tourne en haine des siens (idiolectes affreux, rituels dérisoires des parents). Sur son lit de mort, la figure du père est un trou noir dictatorial qui exige d’être comblé, « remplacé » par celle, interchangeable, du jeune Soir - aussitôt rebaptisé M. Soir. Ce lâcher prise de sa propre vie, de sa souveraineté, ne débouche pas pour autant sur du malheur : plutôt un état d’apesanteur, de passivité pas si mal, une pente douce sur laquelle on se laisse glisser cool jusqu’à son propre trépas."

Emily Barnett, Les Inrockuptibles, 15 avril 2008

Rossano Rosi est écrivain avant d’être romancier ou poète. Qu’il raconte en vers, qu’il évoque en récit ou encore qu’il se plaise à confondre les deux registres, cet auteur belge est d’abord soucieux de style, mais d’un style et d’un ton capables de donner forme à sa vision singulière, ironique mais non détachée, du monde. Cette façon de chercher une façon d’écrire et de parler qui à la fois réinvente la langue et exprime le monde, frappe dès la première phrase de n’importe quel livre de Rossano Rosi, dont voici publiés ensemble - coïncidence qui compte ! - le quatrième roman et le deuxième recueil de poésie.

Voici donc un écrivain qui, malgré la grande simplicité de ses sujets, met la barre très haut. Car il existe une « manière Rosi », reconnaissable entre mille. L’auteur revoit une thématique du quotidien, universelle dans ses sentiments comme dans ses aventures, à l’aide d’une syntaxe très subtile dont les nuances collent mal, c’est-à-dire très bien, à l’univers commun, parfois même un peu glauque, qu’il nous croque avec humour, mais sans mépris ni méchanceté.

Les jeunes et moins jeunes héros du romancier, dont il n’est pas difficile d’entrevoir qu’ils sont autant d’alter ego rêvés ou redoutés de l’auteur, s’efforcent de s’arracher à leur petite existence. Ils ne perdent cependant jamais de vue - ce sera même la cause de leur échec, autre fil rouge de l’ouvre de Rossano Rosi - qu’ils font inexorablement partie du monde qui les étouffe. Le salut, si salut il y a, ne vient donc pas de la révolte des personnages mais du style de l’écrivain. Le contraste aigre-doux d’une thématique particulière - la vie de tous les jours des gens de peu, et l’impossibilité d’une véritable rupture - et d’une phrase sans cesse éblouissante - sans être recherchée ou bizarre, libre de toute afféterie - se double d’un jeu analogue avec les niveaux de langue. Rossano Rosi est passé maître dans le tissage de l’oral et de l’écrit, du savant et du populaire, du langage phonétique et du langage tel que le déploient sous nos yeux ses périodes sophistiquées. Son goût prononcé des belgicismes relève de la même esthétique : le travail sur le substrat national est une figure de style, comparable aux italianismes et autres barbarismes (au sens rhétorique du terme) dont se servait Raymond Queneau dans ses inventions des Exercices de style, notamment.

Pocket Plan, qui parcourt en sonnets environ 70 rues de la capitale européenne, ne parle pas de la mythologie de la ville de Bruxelles. Ce n’est pas un guide littéraire, moins encore un indicateur des endroits qui valent le déplacement. Le recueil, qui a de quoi séduire les publics les plus divers, nous fait revivre, souvent à la première personne, ce que vivent les habitants et parfois aussi les visiteurs de la ville, mais toujours en rapport à telle rue, tel boulevard, telle ligne de bus ou de tram singuliers. L’auteur amusé, drôle, caustique de Pocket Plan n’est pas le personnage « raté » du Jeune Soir, mais il n’a pas oublié celui qu’il fut et qu’il retrouve dans bien des êtres rencontré au hasard objectif de ses déambulations. Cela fait toute la chaleur humaine de la poésie de Rossano Rosi, cela aide aussi à mieux savourer l’ironie très personnelle de ses romans.

Il est tentant de souligner la mélancolie qui se dégage du contraste entre la banalité des thèmes et le brio exceptionnel du style de Rossano Rosi. Mais il est plus important encore de mettre en évidence que pareille fusion aide l’auteur à mettre sa recherche littéraire au service d’un projet devenu tout à fait rare aujourd’hui, en poésie aussi bien que dans la prose « travaillée » : le besoin malgré tout de parler du réel, l’obstination à trouver les mots qui font plus que simplement évoquer le monde, le désir de mettre en place des fictions qui ne se détournent pas de la vie de tous les jours. Le jeune Soir ne se contente pas de parler de Liège ou de prendre le quartier Saint-Léonard comme décor d’un récit de vocation d’écrivain tristement échouée : le roman de Rossano Rosi recrée vraiment le sentiment de la vie (ou de non-vie) à Liège dans les années 70, entre mai 68 et le spectacle postmoderne. Pocket Plan, de même, ne parle pas de Bruxelles comme vue d’une fenêtre d’hôtel ou d’un hublot d’avion, mais nous fait ressentir les joies et les colères de ceux qui battent ses pavés jour après jour et dont l’expérience est infiniment plus surprenante que les descriptions les plus exotiques qui soient.

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