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“Femme au Chapeau” (“Weiblicher Halbakt mit Hut”) par Ernst Ludwig Kirchner.

Publié le 14 octobre 2013

Cette “Femme au Chapeau” (“Weiblicher Halbakt mit Hut”, 76 x 70 cm) se trouve à Cologne, au Musée Ludwig. Ernst Ludwig Kirchner — membre fondateur de die Brücke — la peignit en 1911, à Berlin.

Ce tableau est l’émanation d’une époque qui est encore en Europe la Belle Époque. On imagine sans peine les nuits tourmentées et enfumées de ces années énergiques, pleines d’utopie, d’illusion et de foi en l’art, qui précédèrent l’explosion de la guerre. La toile, emblématique de la période dresdoise du mouvement Die Brücke, sent d’ailleurs la fumée des nuits berlinoises, pue la transgression des codes de bonne conduite (une violence dont on évalue mal la force depuis notre époque étriquée, tellement morale, où nous avons acquis, certes, davantage de flexibilité au plan des mœurs, mais en échange de la perte d’un sens réel de la révolte). Cette femme (la compagne du peintre, qui fut aussi son modèle favori : Doris Große, dite aussi "Dodo") a une aisance extraordinaire, une impudence naturelle, avec ses épaules et ses seins nus, étalés là, et dont la pâleur pulpeuse ressort avec d’autant plus de force par la grâce de ce fond bleu foncé, que lacèrent des coulées noires. Le rouge des tétons, de la bouche ou des motifs de cette espèce de châle négligent attire lui aussi immédiatement l’œil. Quant au chapeau, coupant le visage par une douce diagonale, il n’en laisse paraître d’abord que la moitié inférieure : bouche, nez, mâchoire. La présence voilée des yeux est ainsi une sorte d’anonymat, qui rend cette beauté demi-nue (demi-nudité sur laquelle insiste le titre allemand du tableau : Halbakt) encore plus attirante, il lui ôte presque toute individualité, met en évidence la primauté de la chair sur l’esprit. Mais l’esprit n’a pas disparu ; les yeux sont quand même là, à travers le voile du chapeau. Cette matière superbe éclate et attire le regard du contemplateur, du voyeur — notamment grâce à ces lignes courbes qui dessinent si doucement, si nettement, par un épais trait noir, les épaules, le chapeau, le dessous des seins.

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