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Puériculture

Publié le 23 septembre 2015

Observation de la vie de trois enfants, de leur mère et de leur père en milieu naturel.

Patatras en famille

1

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C’est aujourd’hui dimanche, et la nature,

malgré le ciel bleu, ne nous tente pas :

nous préférons en chœur mener nos pas

vers un peu de culture

en dédaignant notre chère voiture.

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Ce sera donc la visite au musée !

Nous descendons en chœur de l’autobus.

Le Mont-des-Arts est notre terminus.

Arrivés à l’entrée,

nous faisons « Chut ! », nous entrons en apnée.

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Puis nous passons, le ticket dans la paume,

en chœur le seuil de l’exposition.

Nous avançons en suivant le sillon

du parcours ; nos trois mômes

sont plus légers qu’un trio de fantômes.

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2

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Sur chaque mur il y avait des bouteilles.

Sur chaque mur du Palais des Beaux-Arts,

nous observions le col souple et sans fard

de ces pauvres merveilles

qui, banales, n’avaient pas leurs pareilles.

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3

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« Admirez bien, dit une voix, ces lignes

d’une douceur et d’une pureté

extrêmes… Joie ! Et ce qui a été

simple objet est le signe

— magie de l’Art ! — d’une pensée insigne !

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« Des bouteilles ! des bouteilles ! qui flottent

sur un fond pur… Non mais ! Ce Morandi

nous fait atteindre au cœur du paradis

subtil de la jugeote.

Car ces tableaux, c’est pas de la gnognote ! »

.

4

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Le cicérone inattendu les couilles

nous cassait fort. Et tandis que nous vou-

lions concentrer tous nos regards sur tous

les tableaux, une brouille

fit exploser les plombs de nos arsouilles.

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5

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À gauche ! à droite ! et puis encore à gauche !

leurs pieds s’en vont partout ! Leurs rires, leurs

cris ont semé tout autour le malheur.

Quelle horrible débauche,

quelle folie les monte et les chevauche ?

.

En étouffant notre sainte colère,

nous essayons d’attraper nos lascars

devenus, à eux seuls, une œuvre d’art.

La voix pleine de glaires,

nous maudissons notre triste galère

.

puis nous jetons, désespérés, l’éponge,

pour voir soudain ces flacons se heurter

et se briser partout en liberté.

Le remords qui nous ronge

éclate alors comme bulle de songe.

Les faux voyages

Pendant que ma progéniture

joue sans compter à des jeux vidéo

et vit d’étranges aventures,

je les envole à Montevideo.

.

Les yeux fermés, les prénoms d’Isidore

ou de Jules, tels des néons,

brillent dans la nuit et d’infini dorent

Joachim, Eugène et Léon.

.

Au fier pays de la Céleste,

je me rejoue des matches vieux de près

d’un siècle en retraçant des gestes

où l’Uruguay jaillit comme un fruit frais.

.

Nous danserons demain en Argentine,

de l’autre côté du fleuve im-

mense, au son d’airs mutins que baratinent

Léon, Eugène et Joachim.

.

Filant par-dessus cet énorme

océan, nous voici donc à New York,

la ville où jamais les gens dorment

et que ses hauts gratte-ciels à un porc-

.

épic fait ressembler. Soudain mes yeux

voient défiler Lisbonne, Gênes

puis Leeuw-Saint-Pierre. — Et referment leurs jeux

Léon, Joachim et Eugène.

.

Ces noms se sont envolés car

n’ayant jamais vraiment quitté Bruxelles

qu’à bord d’oniriques nacelles,

tous nos départs étaient de faux départs.

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