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Où en étais-je encore ?

Publié le 8 novembre 2017

Petits billets d’actualité nés d’un éclat intime pour s’achever dans une confusion hébétée…

Nul ne m’ôtera de tête l’étonnement amusé qu’y suscite régulièrement le sport, dont on connaît par ailleurs l’esprit de sérieux et la fibre profondément élitiste, ce large pan de notre civilisation occidentale étant quasiment le seul à se revendiquer effrontément de l’élitisme, témoin la notion d’ « élite sportive » que les courriers du Ministère de l’Éducation ne sont jamais en reste d’utiliser alors que si on osait user du même terme pour parler des « élites intellectuelles » (mais y en a-t-il encore à l’école aujourd’hui ?) on se ferait aussitôt vilipender et rouer sur la place médiatique par les chiens de garde de notre égalitarisme mal placé (où sont passées en nos temps d’égalités scolaires obsessionnelles les revendications pour de réelles égalités de salaires ou de logement ?), le sport, dont on n’ignore pas non plus, même si c’est souvent le fruit du hasard ou de simples coïncidences, le sel si savoureux, comme le prouva par le passé le sublime « à l’insu de mon plein gré » d’un roi de la grimpette au maillot tout coloré de jolis petits pois rouges et comme le prouve encore de nos jours le merveilleux surnom de nos asses (au féminin par dévotion inclusive) du panier, les Belgian Cats, lequel surnom, si je ne me trompe, signifie bien les « Chattes belges » et qui devrait faire s’écrouler de rire chaque journaliste qui le prononce, comme cela aurait pu être le cas ce matin encore et comme cela, hélas, ne le fut pas, si seulement les journalistes connaissaient un peu mieux l’anglais ou étaient un peu plus sensibles à l’humour— heu… où en étais-je encore ? (8 xi 17)

Nul ne m’ôtera cette conviction qui est la mienne que toute notre modernité, je dis bien : « toute », se trouve déjà inscrite, comme en filigrane, comme l’embryon dans le jaune d’œuf, comme le spermatozoïde dans la couille ou l’ovule dans l’ovaire, dans les œuvres littéraires de l’Antiquité, à commencer donc par la figure du guitar hero, figure en nette perte de vitesse, pour ne pas dire un peu ringarde, eu égard à la jeunesse électro-rapante des jours d’aujourd’hui, laquelle figure trouve sa première manifestation, certes unplugged — mais comment en eût-il pu être autrement ? —, dans le tableau saisissant qu’Hygin brosse d’Achille-qui-boude dans sa cent-sixième fabula en précisant, trait stupéfiant et rock ’n’ rollesque, que le « héros » (terme, comme on sait, terriblement sujet à caution à notre époque de « couilles molles », pour parler comme Clint Eastwood) grec cithara in tabernaculo se exercebat, qu’on pourrait traduire par « Achille jouait de la guitare pas dans son garage mais bien dans sa tente », non sans solliciter quelque peu ce texte d’une modernité à couper le — heu… où en étais-je encore ? (25 x 17)

Nul ne m’ôtera la certitude que l’épineuse question actuelle des statues, que ce soit celles des « héros » (les guillemets, en ces temps très dogmatiques de soumission à la transcendance, pour me préserver de tout anathème) de la guerre de Sécession ou celle de tel bourgmestre bruxellois, lequel bourgmestre, avouons-le, avec son air un peu bonhomme de justicier socialiste n’avait au fond rien d’un va-t-en guerre, question qui n’est pas sans avoir un petit relent orwellien de Miniver ou de damnation memoriæ à la sauce impériale romaine, la certitude que cette épineuse question, donc, n’en est pas vraiment une et que ce qui pose problème, ce n’est nullement l’hésitation que l’on peut voir à laisser bien érigé sur son socle le buste d’un type dont on a décrété qu’il était un salaud et dont on se rend compte soudain d’un air dégoûté qu’il a du sang sur ses mains en bronze ou des billets de banque plein ses poches en marbre, mais bien plutôt la décision que l’on prit un jour, et que certains continuent de prendre aujourd’hui pour les « héros » contemporains dont on veut perpétuer l’auguste mémoire, d’ériger une statue — une statue ! un buste ! non mais ! — sans craindre ni la pompe ni le ridicule et sans — heu… où en étais-je encore ? (15 x 17)

Nul ne m’ôtera la curiosité, un peu malsaine, je le concède, de savoir si les petits choristes de Ratisbonne, dont les voix d’ange, générations après générations, enchantent depuis plus de soixante ans les ogives des cathédrales et font vibrer cœurs et vitraux au rythme de leurs mélismes enchanteurs et de leurs envolées célestes, ces choristes enchanteurs dont la presse a révélé depuis quelques années, hélas, le martyre éhonté, fait de coups, de gifles, de brimades diverses, l’une des plus étonnantes d’ailleurs étant celle qui consiste à leur faire manger leurs propres vomissures, d’enculades aussi, et tout cela sous l’œil à la fois goguenard et salace du frère du pape précédent, de savoir en somme si, ces innommables excès ayant enfin été balayés d’un revers de soutane et l’existence dans ce pensionnat d’excellence étant redevenue, à moins de futures surprises, on ne sait jamais, à peu de choses près normale, la qualité des chants et des voix restera identique à celle qu’elle fut, en supposant, et espérant, qu’il n’y eût pas de corrélation entre les brimades mentionnées ci-dessus et les — heu… où en étais-je encore ? (4 viii 17)

Nul ne m’ôtera le soupçon, chaque jour grandissant, chaque jour encore plus amer, le soupçon qu’a inoculé dans mon sang le spectacle de ces petits potentats de province accumulant les millions sur leurs comptes, qui, tantôt avec leur petite chienne bien coupée, tantôt avec leurs costumes impeccables, et moches nonobstant, tantôt avec leurs maquillages de petites-bourgeoises un peu blettes, toujours avec une assurance presque désarmante, toujours avec une trajectoire de gauche bien droite, bref le soupçon qu’à entendre ces noms que pour ma part je n’avais encore jamais ouïs, dont la moindre syllabe n’avait jamais heurté mon tympan, et cela malgré les milliers de pages de quotidiens que, en dépit de leur saleté et de leur médiocrité, je m’évertue depuis tant d’années à lire, dont les faces m’étaient aussi inconnues que celles, disons, d’un quelconque sénateur mongol ou d’un quelconque député maltais, le soupçon, disais-je, qu’après avoir découvert tant d’obscurs filous aux poches bien pleines, il doit y en avoir d’encore plus obscurs tout au fond de leurs trous, heureux que leurs noms n’aient jamais paru au grand jour, priant pour qu’ils ne le soient jamais, jouissant de cette discrétion heureuse qui, comme de petits cancrelats ou d’infimes mulots, leur permet de multiplier leurs sous dans l’indécence et l’ombre les plus totales, le soupçon en somme que, si on en a trouvé deux, trois ou quatre et s’il est vrai que leur toute-puissance provinciale est inversement proportionnelle à leur célébrité d’avant leur découverte, le soupçon que ces bêtes-là doivent pulluler aux quatre coins de nos provinces, hélas, et — heu… où en étais-je encore ? (4 iv 17)

Nul ne m’ôtera du cœur mon étonnement, qui s’y trouve fiché tel un petit pieu pointu, en lisant ce qu’écrit tel ou tel intellectuel engagé, de préférence vers la gauche, tel notre aimable Édouard Delruelle, lorsqu’il évoque, par exemple, l’influence du protestantisme luthérien sur les mœurs et les mentalités des peuplades nordiques comme un fait aussi limpide que la belle lumière qui entre dans leurs maisons translucides ou qui éclaire les comptes en banque — translucides aussi — de leurs politiciens (alors que chez nous, vils catholiques opaques, c’est un peu le contraire), et en constatant que personne ne rugit ni réagit à l’évocation d’une telle influence superstructurelle, tandis que lorsque le même type de raisonnement est tenu au sujet des peuplades musulmanes, l’intellectuel malheureux ayant commis un crime aussi superstructurel, tel notre aimable Kamel Daoud, se fait pour ainsi dire lyncher, crucifier, malmener, insulter par des sociologues de tout poil et engagés, de préférence vers la gauche, pour qui — heu… où en étais-je encore ? (15 ii 17)

Nul ne m’ôtera des yeux la bêtise de tous ces indignés qui ne comprennent pas qu’une ministre de l’Éducation appelant à lutter contre les grizzlis jusque dans les écoles, plutôt qu’une ministre de l’Éducation dont la principale qualité résiderait dans le talent qu’elle aurait de changer excellemment de coiffure et de teinte de cheveux pour se fondre, telle une caméléone (ou plutôt telle une soldate des unités spéciales de je ne sais quelle section pédagogique d’assaut) dans la masse, ayant enfin compris où se situent les enjeux les plus cruciaux — la sauvagerie de la forêt, la barbarie cruelle de la nature, bref : la morsure impitoyable de l’ours, que cet ours soit en chair et en os ou qu’il soit une sorte d’allégorie des combats à mener dans la vie — de la lutte scolaire pour la réussite, qu’une ministre de l’Éducation veillant à munir chaque étudiant d’une arme à feu est une ministre qui — heu… où en étais-je encore ? (9 ii 17)

Nul ne m’ôtera de l’âme, ou de ce qui en tient lieu, l’ennui profond qu’y suscitent les interviews, enquêtes, sondages, études à vocation sociologique — pardon : « sociétale », comme on aime à dire de nos jours (peut-être parce que la sociologie, confiture de l’esprit, moins on en a, plus on l’étale ?), tels que les pratiquent en tout cas les ondes belges de service public, avec leur intention à la fois pédante (« Vous saurez tout ce que pensent les Jeunes de la génération “Ouaille”, et vous allez être bien surpris !) et avant-gardiste (« Nous, nous osons demander aux Jeunes de la génération “Ouaille” ce qu’ils pensent de ce bas monde, et vous allez être bien surpris ! »), ennui profond à cause de l’insignifiance déprimante (surprenante certes, mais de niaiserie) des réponses apportées par les interviewés, enquêtés, sondés, étudiés, lesquels nous apprennent, sans doute dans l’intention secrète de « faire bouger les choses » (on dit parfois aussi, avec un peu plus de prétention lexicale : « faire bouger les lignes »), que l’école ne sert pas à grand-chose, que les politiciens ne sont guère représentatifs des Jeunes, que l’on ira voter parce qu’il faut bien et pour le moins pire de ces diables d’hommes, à propos de qui on devine qu’ils se disent, ces Jeunes de la génération « Ouaille », qu’ils s’en foutent plein les fouilles, mais aussi en raison de l’insignifiance encore plus déprimante de l’espèce de journaliste qui entrelarde ces pépites de l’intellect de ses commentaires platement excités qui viennent, en croyant lui insuffler un regain de vie, achever en fait leur auditeur déconfit, moi en l’occurrence, peut-être parce qu’il est trop vieux et qu’il n’aime sans doute pas les jeunes et qu’— heu… où en étais-je encore ? (24 xi 16)

Nul ne m’ôtera la certitude que l’élection du dernier président des États-Unis (et qui pourrait bien être le « dernier » dans tous les sens du terme, si la famille Clinton décide de provoquer une révolution monarchique — je plaisante, qu’on se rassure) n’avait rien d’étonnant puisque, sans vouloir jouer les Cassandre a posteriori, je n’ai arrêté de la prédire depuis le printemps dernier en disant à tout qui voulait m’entendre, c’est-à-dire à une toute petite poignée de personnes, voire à quasi personne (tant je déteste m’entretenir de politique, et de politique américaine par-dessus-le-marché), que l’oncle Donald l’emporterait ; tout simplement parce que, d’une part, sa challengère n’avait rien d’une bête à voix ni d’un modèle de modestie populaire et que, d’autre part, l’oncle Donald constitue tout simplement l’avant-garde de ce qui nous attend dans le monde occidental et qu’en tant que tel, porté par la vague énorme de la réaction politique et morale, il ne pouvait qu’emporter une majorité de suffrages, non que ses électeurs soient des crétins, chose qui m’a toujours horripilé chaque fois que je l’ai entendue, comme m’horripile le « nous-allons-devoir-faire-preuve-de-pédagogie » dont nous assènent la plupart des politiques ou des journalistes en regardant grimper les graphiques des votes fascistes, mais parce que ses non électeurs, ses adversaires en somme, n’ont pas, à mon avis, réagi avec suffisamment de violence et de netteté aux sottises les plus monumentales et pour tout dire les plus absolument ahurissantes de l’oncle Donald, je veux dire celles qui concernent les femmes dont on a (je peux me tromper…) au bout du compte peu parlé ou pas assez longtemps parlé, alors qu’en soi, cette vision profondément misogyne du monde et terriblement phallocrate constitue un véritable scandale, un véritable casus belli, et non de simples « dérapages », comme on dit, puisqu’on y devine une orientation politique nette qui, à mon sens, semblable à l’antisémitisme, n’est pas pour déplaire au plus grand nombre d’entre nous, y compris donc chez les adversaires de l’oncle Donald, lequel, avec sa bouche en cul de poule et ses nombreuses paires de couilles en or, a— heu… où en étais-je encore ? (13 xi 16)

Nul ne m’ôtera des yeux cette jolie citation d’Alexis de Tocqueville — la littérature fut un arsenal ouvert à tous, où les faibles et les pauvres vinrent chaque jour chercher des armes (De la démocratie en Amérique I) — qui me fait songer que l’obsolescence actuelle de la littérature n’est rien d’autre qu’une manière de désarmement insidieux, lequel vient trouver son juste prolongement dans cette stupidité petite-bourgeoise avec quoi l’institution scolaire et ses nombreux chiens de garde (ministres, inspecteurs, ou pire encore : pédagogues) « élèvent » l’esprit de nos jeunes gens, en insistant chaque jour davantage sur l’utilitaire, sur la communication, sur l’épanouissement, sur la morale, en en faisant, nos jeunes, des béni-oui-oui prêts à tout avaler pourvu que ça soit conforme à l’esprit citoyen, en bannissant toute censure certes — toute idée, que dis-je, de censure — mais en bannissant dans le même temps toute vraie littérature de l’éducation culturelle « idéale », comme lorsqu’on brandit ces livres pétris de bienséance contemporaine que l’on a baptisés « littérature de jeunesse », à côté desquels la comtesse de Ségur fait office de marquis de Sade, ou lorsqu’on statue sur le caractère décidément anachronique de la langue littéraire (quel intérêt à enseigner l’usage du point-virgule ou à faire lire une tragédie de Racine ?), la seule langue, tout inacceptable qu’elle semble être, qui soit urgente à connaître en somme parce qu’elle est vraiment une langue, c’est-à-dire une arme, et qu’elle n’est justement pour ça jamais de son temps, toujours en décalage avec lui — heu… où en étais-je encore ? (1 xi 16)

Nul ne m’ôtera le plaisir que j’ai eu d’apprendre que notre Reine (la jeune, pas la vieille) était allée voir l’exposition Magritte à Beaubourg, non parce qu’il y a toujours quelque chose d’heureux à constater que les membres d’une famille royale ne s’intéressent pas qu’aux animaux, aiment la culture et la promeuvent dans ce monde de brutes, la visite d’une reine étant bien capable de provoquer à elle seule un élan populaire, un tourbillon d’envie, un cyclone de folie pour la peinture ou l’art en général, mais surtout parce que le commissaire de l’exposition, qui ressemblait moins à un commissaire qu’à une sorte de micro Macron lisse et dynamique, à moins que cet homme ait eu un humour bien caché qui trahirait un fond de pensée bien plus subtil qu’on pourrait le croire, a trouvé extraordinaire que la Reine ait tenu quelques propos au sujet des toiles exposées et soit même allée jusqu’à avancer l’une ou l’autre considérations, remarquant peut-être (on ne peut que l’imaginer puisqu’à la télévision on ne voyait la Reine qu’articuler des paroles muettes sans qu’un seul son ne sorte de ses lèvres, comme c’est très souvent le cas d’ailleurs avec les membres de la famille royale), remarquant peut-être avec un à-propos judicieux, supposition sans doute hâtive mais néanmoins probable, qu’il s’agissait là d’œuvres qu’elle n’a peut-être pas hésité à qualifier, reprenant un adjectif dont le succès sous la plume des journalistes ne se dément guère, de « surréalistes », faisant ainsi preuve d’une connaissance approfondie de l’histoire de l’ — heu… où en étais-je encore ? (6 x 16)

Nul ne m’ôtera la force de constater que la date de la fête de la Fédération Wallonie-Bruxelles, qu’il est somme toute amusant d’imaginer en poupée gigogne s’emboîtant dans une Fédération belge et découvrant aux regards amusés de quiconque s’intéresserait à son sort toute une série de fédérations de plus en plus minuscules clamant chacune haut et fort leur liberté, fût-elle symbolisée par un perron ou tout autre attribut moins phallique, que la date de la fête de la Fédération Wallonie-Bruxelles, disais-je, tout comme celle de la Flandre a été choisie dans un but purement polémique, c’est-à-dire au sens fort du terme « polémique » (passons sur les cuistreries étymologiques), dans la mesure où le 11 juillet, d’une part, célèbre une victoire qui vit des Flamands couper à des chevaliers français leurs couil… — leurs éperons en or, il s’agit bien d’éperons, tandis que le 27 septembre, d’autre part, a été érigé en souvenir de la débandade des Hollandais dans le parc de Bruxelles sous des coups de feu exprimés bien entendu en français, alors que tout de même on aurait pu choisir comme date, je ne sais pas, choisissons au hasard, le jour de la de parution de La Légende d’Ulenspiegel pour les uns et du Leeuw van Vlaenderen pour les autres, indépendamment bien sûr des faits relatés ou imaginés dans l’un ou l’autre de ces romans, preuve s’il en était besoin que les belles lettres belges sont le cadet des soucis de nos vaillants régional-socialistes et autres national-régionalistes dont le moins qu’on puisse dire est que la vue à long terme a souffert par le passé et souffre encore dans les temps présents d’une indéniable myopie dont le verre correcteur aurait pu être, hélas, trois fois hélas, la littérature — heu… où en étais-je encore ? (28 ix 16)

Nul ne m’ôtera la petite jubilation que j’éprouve à suggérer aux hommes faisant bronzette sur les plages de France, de Belgique, de Navarre et de partout ailleurs de le faire après s’être vêtus d’un joli burkini à la cagoule moulante, mais doté, afin de le différencier au premier coup d’œil de celui des éléments féminins de ces mêmes étendues sablonneuses et de permettre ainsi à quiconque s’y promène d’identifier sans erreur le sexe de chacun, bien qu’au fond il ne soit pas exclu de considérer qu’il serait assez intéressant d’imaginer que des quiproquos puissent survenir de façon à agrémenter ces heures sous le soleil d’un peu d’humour aussi gras que les huiles solaires dont tous se seraient tartinés le bout du nez et des joues, le burkini n’étant tout de même pas une burqa, mais doté, disais-je, d’une belle longue queue souple et lisse qui les ferait ressembler, ce serait très amusant, aux spermatozoïdes anthropomorphes d’un sketch de « Everything You Always Wanted To Know About Sex… » que Woody Allen, qui joue d’ailleurs dans le sketch en question l’un de ces mêmes spermatozoïdes, met en scène au moment où ils s’apprêtent à s’élancer — heu… où en étais-je encore ? (26 viii 16)

Nul ne m’ôtera la ferme intention d’affirmer que le député fédéral du Parti du Travail de Belgique ne dit pas n’importe quoi quand il soutient que le monde judiciaire belge se serait certainement davantage remué le derrière pour des enfants de riches, ce qui ne revient pas du tout à soutenir que ce monde judiciaire belge, dont l’efficacité laisse quand même parfois à désirer, reconnaissons-le, qu’il n’avait rien fait, mais tout simplement que dans d’autres circonstances, avec des enfants de riches donc, il eût peut-être mieux fonctionné, contrairement à ce que laissent entendre les virulentes réactions offusquées, scandalisées, outrées, et j’en passe, de tous ces démocrates sans conscience de classe qui devraient peut-être se demander, me dis-je, un peu plus souvent, surtout dans une telle occasion qui nous invite à réfléchir plutôt qu’à nous indigner une fois de plus (l’indignation — cette espèce de fonction homéostasique dont s’est doté notre système socio-politique — est à la mode, on le sait), se demander pourquoi il ne serait pas sot de supposer que, dans un monde où les revenus et les patrimoines de quelques-uns équivalent aux revenus et aux patrimoines de presque tous, y compris dans le périmètre de notre royaume (qui n’a rien d’une république socialiste), et cela dans une dynamique qui ne cesse d’en accroître encore l’écart, comme l’a démontré Thomas Piketty, nous remettant quasiment en termes de chiffres dans la situation la plus inégalitaire que nous ayons jamais connue, et qui était celle de la Belle Époque, comment donc ne pas se demander s’il est possible, dans un tel monde, sans aller jusqu’à dire que ça a été le cas, non, juste émettre une hypothèse, s’il est possible de… — heu… où en étais-je encore ? (12 viii 16)

Nul ne m’ôtera la conviction que la butte du Lion se trouve bel et bien sur le territoire de Braine-l’Alleud, et non sur celui de Waterloo, n’en déplaise à ce fameux guide français qui vient d’y gagner une bataille juridique, deux cent un ans après que Napoléon y laissa ses aigles et sa culotte, injustice incompréhensible, quand on y songe, qui eût plutôt dû donner lieu à une reconsidération totale de la terminologie en vigueur de sorte que non seulement l’on parle désormais de la butte de Braine-l’Alleud, du lion de Braine-l’Alleud, de la bataille de Braine-l’Alleud, mais aussi qu’on amende enfin “L’Expiation” de Victor Hugo en y remplaçant le vers incriminé par un sublime “Brain’-l’Alleud ! Brain’-l’Alleud ! Brain’-l’Alleud ! morne plaine !” (on remarquera au passage la nécessité d’une élision peu classique — “Brain’” pour “Braineuh” — mais ô combien nécessaire pour préserver audit vers son rythme alexandrin), et que par ailleurs l’on interdise de dire “connaître son Waterloo” mais qu’on dise à la place, comme chacun en conviendra, “connaître son Braine-l’Alleud” et que chaque proverbe relatif à ce toponyme, sous peine de verbalisation lexicale, soit adapté en conséquence afin que “Austerlitz a son Waterloo”, par exemple, devienne, en espérant qu’Austerlitz se trouve en définitive bien à Austerlitz, et en sachant que le toponyme “Austerlitz” est devenu aujourd’hui, en bon bohémien, “Slavkov u Brna” (“Slavkov-lez-Brno” en français), sans quoi tout serait à refaire, devienne donc “Slavkov-lez-Brno a son…” — heu… où en étais-je encore ? (8 viii 16)

Nul ne m’ôtera l’idée que les pipes devraient être autorisées dans tous les cinémas — je dis bien : les pipes, et non les cigarettes bien sûr — afin de faire concurrence par la douceur irrésistible de leurs volutes parfumées aux avaleurs, aux grignoteurs, aux absorbeurs de pop-corn et autres marchandises ingérables sucrées jusqu’au trognon, et cela qu’elles soient, ces marchandises ingérables, solides, moins solides, gazeuses ou boursouflées, dans la mesure où, quoique les pipes aient — soyons francs : reconnaissons-le sans ambages — une petite maille à partir avec le monde éclatant et pur de la santé, monde où le tabac ne peut trouver de place, si exiguë soit-elle, la licence insupportable dont jouissent au mépris, justement, de la santé la plus élémentaire, sans que l’on soit vraiment sûr finalement qu’ils ne sont pas moins préjudiciables à celle-ci qu’une bonne pipe, dont jouissent, disais-je, ces curieux aliments que l’on peine à nommer tels et qui sont à la pratique de la pipe ce que la masturbation est à l’amour, puisque l’espèce de plaisir fade et puéril qu’ils délivrent ne leur donn… — heu… où en étais-je encore ? (5 viii 16)

Nul ne m’ôtera le soupçon que le pire effet pervers de la théorie du complot est tout simplement de pousser les hommes à ne plus croire qu’un complot soit possible ni qu’un président, turc en l’occurrence, qui a constaté que la voie des urnes n’était pas la plus sûre pour le mener à l’autocratie qu’il caresse d’une main calleuse et d’une moustache virile, assurément capable de se fabriquer avec l’aide de dieu (s’il existe toutefois), ou de ce qu’il juge être dieu (cette illusion, elle, hélas, existe bel et bien), et de quelques consultants pour didacteurs en herbe, un bon vieux putsch sur mesure, c’est-à-dire un putsch d’opérette qui fait pschitt et puis plus rien — n’en déplaise aux pauvres morts de ce coup monté, mais un autocrate n’en est pas à quelques morts près — pour arriver au lendemain dudit pschitt immédiatement à ses fins en remplissant ses prisons à ras bords et en s’arrogeant enfin le maxi-pouvoir dont il avait toujours rêvé jusque-là tandis qu’il arpentait, méditatif, l’orteil arrogant et la narine irascible, les mille pièces de son Palais blanc, nul ne m’emp… — heu… où en étais-je encore ? (3 viii 16)

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